Ce qui augure plutôt bien de l'avenir culturel dans ce pays La culture française n'est donc pas ici en terrain méconnu Un véritable succès populaire Sur les berges de la Rivière des Parfums Un symposium de sculpture étonnant Mosaïques Surprenant Sympathique Significatif |
Au début de mai s'est tenu à Huê, au Viêt Nam, un important festival culturel. Dans l'ancienne ville impériale des Nguyên, la dernière dynastie viêtnamienne, on pouvait découvrir, au milieu du tumulte habituel des deux roues et du bruit caractéristique de l'activité des villes d'Asie, presque toutes les formes d'expression artistique. Ce Festival est largement financé par la France d'où l'importance de la participation d'artistes français. On pouvait notamment voir des installations de Pierrick Sorin, présentées au cœur de la citadelle impériale. La projection sur grand écran vidéo de cet artiste avait lieu dans la cour d'un pavillon qui servait autrefois de bibliothèque aux empereurs. La nuit tombe tôt au Viêt Nam et, dès sept heures du soir, la population, jeune pour la plus grande partie, assistait étonnée aux facéties de Pierrick Sorin, recevant des canettes de bière sur la figure. Après l'étonnement venaient le sourire et l'hilarité, ce qui augure plutôt bien de l'avenir culturel dans ce pays, encore totalement fermé à toute pénétration étrangère et à toute expression artistique contemporaine, il y a peu de temps. On aurait pu s'attendre à des réactions de rejet et d'incompréhension totale. La rétro-projection se faisait à partir d'un bâtiment construit au XIXe Siècle, comme toute la cité impériale de Huê. L'empereur Gia Long, fondateur de la dynastie de Nguyên, a en effet régné à partir de 1788. Il fut lui-même déjà en contact avec la France, puisqu'il envoya son fils, le prince Can, rendre visite à Louis XVI en 1787, à Versailles. La Citadelle Impériale est protégée par une enceinte bâtie selon les principes de Vauban. La culture française n'est donc pas ici en terrain méconnu.
Sur la grande surface d'herbe laissant apparaître les vestiges des bâtiments du palais détruits par les guerres, essentiellement en 1947 et plus tard en 1968, lors de la fameuse Offensive du Têt, on trouvait une autre installation de Pierrick Sorin. Miroirs semi transparents, vidéos et tourne-disques ne manquaient d'intriguer les Viêtnamiens, qui s'essayaient à arrêter les platines, pour voir si l'homme qui courait sur les disques allait s'arrêter. On peut parler, pour le travail de l'artiste français, d'un véritable succès populaire, au vu des attroupements nombreux entourant chaque installation.
Mis à part ces installations, la France participait dans de nombreux spectacles incluant Regine Chopinot, et la chorégraphe franco-viêtnamienne Ea Sola.
Parmi ces œuvres, dont la qualité était très inégale, on pouvait remarquer un travail du sculpteur Kim Tran, un artiste installé à New York. Il a basé son œuvre sous le sceau de la mosaïque. En effet, toutes les décorations de la Cité Impériale, des temples et des anciens bâtiments du palais, sont décorés de mosaïque constituée de vases cassés. Ce travail fut réalisé au XIXe Siècle, lors de la construction de l'ensemble. Kim Tran a repris le principe de la récupération pour son grand cube de trois mètres de base, dont il a recouvert les arêtes. Ces arêtes reflètent la méthode de construction populaire en vigueur au Viêt Nam actuellement. Ce sont des piliers en béton armé, qui constituent habituellement l'armature des maisons. L'artiste a simplement commandé une structure à ses dimensions, qui fut sortie en charrette à main des murs de la Citadelle, pour être déposée au bord de la Rivière, à plusieurs kilomètres sur l'autre rive. Le tout fut fait de nuit, pour ne pas attirer l'attention des autorités, qui, a expliqué l'artiste, auraient pu s'y opposer.
Cet étonnant Festival, le plus grand événement culturel du Viêt Nam, est à l'image du pays : surprenant, sympathique et significatif d'un peuple épris de culture, impatient de rattraper les années difficiles, où le sacrifice primait sur la libre expression.
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