Claudine Drai, Présences
 
 
Bas-reliefs de papier de soie, installations olfactives, dessins aux graphites et pigments sont les dernières Présences de Claudine Drai, que la galerie Jérôme de Noirmont à Paris, nous invite à appréhender dans un espace où le corps et le regard se partagent le "texte" de sensations croisées.
sculptures
blanches
de papier
de soie,
des bas-reliefs
de petits
personnages
froissés,
des voiles
superposés

Claudine Drai
 
Sans titre, 2004 (détail). Papier de soie, pigment, graphite sur papier et sur toile.
© Claudine Drai, courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
 
 
Le beau n'est plus de bon ton dans l'art contemporain et pourtant il est toujours facteur d'émotion lorsqu'il résiste au danger de l'esthétisme. C'est sur cette ligne fragile mais aussi cruelle que travaille Claudine Drai.

Artiste plasticienne qui s'était fait remarquer lors la 1ère Nuit Blanche parisienne en octobre 2002, elle expose aujourd'hui à la Galerie Jérôme de Noirmont des "présences" qui affectent nos sens les plus subtils, dont le regard, mais aussi le toucher visuel et même l'odorat. En effet, ce sont des sculptures blanches de papier de soie, des bas-reliefs de petits personnages froissés, des voiles superposés enduits de pigments colorés ou de graphite gris cendré qui scandent les différents lieux architecturés de la galerie dont certaines parois sont elles-mêmes supports au texte écrit par l'artiste. À travers ces multiples formes d'expression se décline une atmosphère à la fois calme et inquiétante qui préside aux rendez-vous des émotions, dont celle particulière d'un parfum, diffusé discrètement dans l'espace ou par l'œuvre elle-même.
 
 
Claudine Drai
 
Sans titre, 2005 (détail). Papier de soie et pigment sur toile.
© Claudine Drai, courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
 
 
Loin des grandes installations multi-sensorielles, l'accrochage guide en effet subtilement le spectateur vers une correspondance des sensations qui ne se concrétise que par la déambulation d'un endroit à un autre. Expérience sensible qui ne doit son efficacité à aucun discours ostentatoire, mais juste aux correspondances artistiques que le regardeur s'autorise à accorder à chaque pièce.

Ainsi, devant les sculptures de papier froissé d'une même figurine peut-il retrouver les moines des fresques de Giotto ou les archets d'une légende japonaise. C'est aussi devant un bas-relief de tympan d'église romane ou d'un marbre blanc sculpté de Donatello qu'il peut activer un imaginaire qu'il n'est pas interdit de rapprocher d'une scène de chorégraphie. Pas étonnant d'ailleurs que Claudine Drai ait travaillé en collaboration avec des gens de théâtre où les voiles mettent à distance le corps des acteurs comme pour mieux nous faire toucher des yeux la voix des textes. Entre lumière, texte, matière et espace l'artiste décline ainsi avec une étonnante justesse toute la fragilité d'une matière prompte à laisser percevoir une certaine cruauté de notre humanité. Ses drapés à la blancheur immaculée ne sont en effet que jeux de lignes s'étirant en flèches prêtes à toucher l'autre sans pour autant nous donner à voir l'issue de la rencontre.
 
 
Claudine Drai
 
Sans titre, 2004 (détail). Pigment et graphite sur soie et sur toile.
© Claudine Drai, courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
 
 
En revanche, s'il y a rencontre, c'est celle qui préside à l'organisation plastique de ces tableaux bas-relief dissimulés parfois derrière l'écran opalescent d'un papier de soie diffusant un parfum discret, symbole d'un temps inscrit dans la matière même. Et comme pour nous aider à laisser errer notre pensée immergée dans ces flots de sensations délicates et faussement apaisantes, Claudine Drai utilise la forme du feuilleté pour permettre au temps de la découverte de faire œuvre en aiguisant notre imaginaire.

Répétitions d'une même figurine, superpositions de voiles à demi-transparents pour l'expérience du temps de l'œuvre, celui de la découverte inséparable de celui d'un suspend intemporel. Présences aussi belles que déstabilisantes, aussi fragiles qu'elles peuvent apparaître cruelles dans ces moments inventés où le spectateur peut et doit se perdre l'instant d'un vertige sensoriel dont seule l'émotion et son flot d'images perceptuelles peut le retenir encore là, absorbé par ces espaces d'air et de lumière, de parfum et de blancheur.
Michelle Debat
Paris, septembre 2005
 
Claudine Drai
 
Sans titre, 2004 (détail). Graphite sur soie montée sur chassis.
© Claudine Drai, courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris

Claudine Drai, Présences, Galerie Jérôme de Noirmont, 38, avenue Matignon, 75008 Paris, du 14 septembre au 13 octobre 2005.
Tél : +33 (0)1 42 89 89 00
info@denoirmont.com - www.denoirmont.com

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