LE MAGAZINE
d'ExpoRevue


Rencontre : Gazbia Sirry


L'idol Bastite, 1998 - 150 x 150 cm

Gazbia Sirry - L'idol Bastite, 1998


A l'Institut du Monde Arabe, 8 artistes égyptiens, des œuvres créées depuis les années 1940 aux œuvres contemporaines.
En raison de ce parti pris des choses, qu'est pour la subjectivité du jugement esthétique le plaisir, nous en avons choisi un seul, une femme.

Une pâte épaisse est posée sur la toile avec la même nécessité de maintien que la peinture blanche des peintres en bâtiment sur les murs des maisons maghrébines. Sur cette surface aux allures pariétales, Gazbia Sirry expose ses personnages enlacés, exquis comme des graffitis, élaborés comme des manifestes de liberté dans un pays où se tenir par la main dans la rue est considéré comme un acte d'attentat à la pudeur.

Dans ses toiles récentes, hommes et femmes se répètent comme si l'un était l'autre, presque le même. Amoureux, non pas érotiques, semblables à une interrogation philosophique : Qu'est l'homme par rapport à la femme et vice-versa quand les corps effacent leurs contours pour devenir un vœu d'amour ou qui sait, l'incarnation même de cette croyance fabuleuse.
Une telle démonstration peinte, innocente à nos yeux occidentaux, est pour Gazbia un combat subtil, une délivrance.

Née dans une famille où grecs, turcs, égyptiens se mélangent, grande voyageuse aussi, ses révoltes personnelles sont multipliées par quatre. Ses désirs aussi.
Son inspiration puise dans les chuchotements cosmopolites, emprunte les accents universels, se plait à faire jouer des nuances qui mélangent subrepticement l'Occident et l'Orient, le figuratif et l'abstrait, l'indépendance absolue confrontée à l'émancipation partielle de la connaissance.

Sa peinture développe un langage particulier dans l'organisation technico-poétique de la mise en toile. Si elle avait vécu en Occident, elle aurait pu évoluer autrement, dans le sillage d'un Paul Klee par exemple.
Lorsqu'elle calcule à priori les conditions de la possibilité d'une nouvelle toile, son jeu intellectuel ou mental embrasse, comme dans une nostalgie créatrice, la musique classique européenne qu'elle écoute dans son atelier et le ciel au dessus de la mer d'Alexandrie. Toute cette extériorisation qu'est sa peinture n'est pas un abandon mais un métier acquis, policé comme les vers d'une poésie chantante. La géométrie étant le métronome de l'espace, la mélodie, la couleur vive éclatante d'énergie et d'audace, les personnages que l'on distingue, les paroles, qui s'articulent nerveusement et sans hésitation.

La peinture de Gazbia Sirry réussit à donner un contenu à la forme, un sens à l'apparence, une profondeur poétique à l'argument optique.

I. C.

Graffitis





Manifestes

de liberté





Personnages

enlacés





Combat subtil





Figuratif

et l'abstrait





Contenu à la forme





Sens à l'apparence





Profondeur poétique

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Edito