Clément Cogitore au Mucem Fort Saint-JeanFerdinandea, l'île éphémère
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Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Ferdinandea, prémonitions, 2022.
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Ferdinandea, Nous étions devenus un peuple d'insomniaques, 2022.
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Ferdinandea, Vigilances, 2022
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Camillo de Vito, Nouveau volcan apparu dans la mer de Sicile, 13 juillet 1831, 1831
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Vue d’un volcan sorti de la mer en 1831
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Île Giulia apparue le 18 juillet 1831, planche IV extraite de Moderno Buffon, Italie, 1860
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Camillo de Vito, Nouveau volcan apparu dans la mer de Sicile 13 juillet 1831
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean,
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, Echantillons de l'île Julia. Muséum national d'histoire naturelle, Paris
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean,
Clément Cogitore, Mucem Fort Saint-Jean, portrait de Clément Cogitore © Kenza Wadimoff |
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Histoire.
Entre fin juin et mi-juillet 1831, l'activité volcanique sous-marine forme une nouvelle île en Méditerranée, dans le canal de Sicile, en face de la Tunisie. Ce nouveau territoire éveille la curiosité des scientifiques et la convoitise des puissances européennes en pleine expansion coloniale. En quelques semaines, l'île est notamment revendiquée pour sa position stratégique par la Grande-Bretagne, la France et le Royaume des Deux Siciles. À travers les films, vidéos et photographies, Clément Cogitore, artiste philosophe, spécule sur l'émergence, la chute et la possible réémergence du volcan. "Ferdinandea" constitue une utopie/dystopie immergée, un lieu de tous les possibles à partir duquel l'artiste invite à repenser l'espace de la "mer du milieu". L'exposition "Ferdinanda" de Clément Cogitore, vidéaste, est initiée par le Mucem. Il a été lauréat de nombreux prix prestigieux, en 2022 : Goutte d'or, film long métrage reçoit le prix du scénario. L'artiste a été invité par le Magazine M du Monde, pour publier ses photographies extraites de ses films. On se souvient en 2017, de sa réalisation vidéo des "Indes Galantes", l'opéra-ballet créé par Jean-Philippe Rameau en 1735. Cogitore s'est inspiré de l'une des danses amérindiennes tribales de Louisiane interprétées par le chef des Metchigaema, à Paris en 1723. Clément Cogitore adapte avec la collaboration des trois chorégraphes Bintou Dembele, Brahim Rachiki et Igor Carouge, une courte partie du ballet en mobilisant un groupe de danseurs Krump, une forme d'art né dans le ghetto noir de Los Angeles dans les années 1990. Cette exposition converge avec la vocation du musée, son projet scientifique et civilisationnel, tourné sur la Méditerranée, les formes symboliques qui s'y expriment à travers les arts prestigieux, classiques et novateurs, mais également traditionnels et populaires des cultures multiples reliées dans un espace géographique commun. C'est un double événement pour le Mucem qui acquiert un ensemble d'œuvres de l'artiste pour ses collections contemporaines. Ce sont des œuvres présentées en France pour la première fois. Ces thématiques forment un socle déjà présent dans le fond permanent exposé par le musée "Méditerranées". Clément Cogitore est inspiré par le destin par cette île surgie en 1831 en Méditerranée dans le Canal de Sicile entre Naples et la Tunisie. Il découvre son l'histoire dans le livre de Mazzarella, Dell'Isola Fernandinea e di altre cose, chez un bouquiniste de Palerme. Née de l'éruption du volcan Empédocle commencée le 28 juin 1831, depuis ses deux cheminées. Elle impressionne par sa taille imposante d'environ 5 km. Six mois plus tard, en Janvier 1832, lorsque le volcan cesse d'émettre, elle diminue puis disparait, engloutie sous la force de l'eau. Son sommet aujourd'hui étant immergé à environ 8 mètres sous le niveau de la mer. Cette terre nouvelle liant les parties orientales et occidentales de la Méditerranée devient aussitôt un enjeu stratégique entre les différentes puissances coloniales présentes à l'époque, en compétition pour sa souveraineté. L'activité volcanique apaisée, les empires lancent à l'assaut de l'île des missions successives scientifiques et conquêtes. Ils y plantent leur drapeau et la baptiser Île Graham, par les Britanniques présents dans l'archipel de Malte. Et Ferdinandea par les Napolitains en réaction à cette emprise, en l'honneur de Ferdinand II alors roi des Deux Siciles. Giulia par la France, établie dans sa colonie d'Algérie et en référence à la monarchie de juillet ainsi qu'au mois de la naissance de l'île ; elle fit flotter son drapeau dans le cadre de l'expédition française dirigée par le géologue Constant Prévost. Il lance avec son équipe, en collaboration avec le Museo Madre de Naples, sous la direction de Kathryn Weir, Commissaire d'exposition et historienne d'art, une recherche rassemblant documents scientifiques, archives, gouaches, gravures, réalisées lors des expéditions scientifiques, récits mêlés à ceux des croyances, superstitions, prémonitions qui ont percuté les imaginaires populaires. Les événements historiques anciens, les logiques de conquête des Empires, tensions et crises, parcourent sa courte vie. Dans un passé plus proche, un soubresaut absurde de l'histoire frappe à nouveau l'île; en 1987, les américains bombardent sa silhouette effondrée, la prenant pour un des six sous-marins lybiens commandés aux russes. L'exposition de Naples s'élabore de cet enchevêtrement complexe. En 1922, des vidéos sont réalisées dans les paysages sous-marins formés des blocs de basalte de l'ancienne île, durant une expédition scientifique qu'il accompagne, chargée d'installer des sismographes. L'histoire peut être relancée, le réveil du volcan peut survenir à tout moment indiquent les scientifiques, et resurgir la possibilité d'une île. Il semblait évident pour Clément Cogitore avec les concours des commissaires de Naples et du Mucem, engagés dans cette création de choisir Marseille port emblématique de la Méditerranée, où le musée lui-même est avancé sur la Méditerranée, tel un navire. L'exposition est envisagée sous l'angle plus spécifique des aspirations coloniales Française. Parmi les quelques 40 œuvres (archives, arts graphiques, photographies) aux côtés de prêts privés et internationaux qui composent l'exposition, un ensemble de 7 œuvres inédites 3 photographies sous verre gravé, 2 vidéos et le film central de 42 minutes, intitulé Incertitudes, sont pour la première fois sont présentées en France. Au centre, ce film Incertitudes articule fiction et reportage en neuf chapitres, interrogeant la malléabilité de la mémoire collective et la part de fiction à l'œuvre dans tout récit historique, accompagnée par des polyphonies de voix qui composent une stratigraphie visuelle et sonore. Cogitore s'interroge également sur les questions existentielles à savoir : "Comment habiter la terre", objet de tous les désirs, et invite à une méditation esthétique et politique sur ce qui surgit, disparaît et persiste dans nos imaginaires. L'ensemble des gestes humains qui, patiemment ou violemment, construisent le monde autant qu'ils le délitent. L'espace est plongé dans l'obscurité où l'exposition sobre et raffinée se tient. Seules les œuvres sont éclairées. Dans un parcours libre, le visiteur découvre la rigueur des travaux historiques et scientifiques, précieux, archives diplomatiques : extraits des correspondances échangées entre les consuls de Naples, Palerme, Malte et le ministre des affaires étrangères à Paris avec des cartographies sous des vitrines de verre. Un ensemble de récits réels ou fictionnels sont mis en scène dans la partition filmique de l'artiste. Les œuvres de Clément Cogitore se répartissent sous la forme de trois impressions au jet d'encre sous verre gravé résolument contemporaines, elles jouxtent les gouaches du 19e siècle dans leur cadre dorés, sonores, polyphonies des voix et langues des différents pays, deux vidéos contemplatives Cendres et Vigilances. Puis un court film de 16 mm, Prémonitions. Des registres différents, successifs ou alternés visuels, sonores, poétiques comme les strates d'une archéologie singulière et troublante. L'installation centrale occupée par le film dans sa propre chambre de projection est installée au centre de l'exposition. Les neufs chapitres du film déclinent reportage et fiction. "À peine vécues, les choses deviennent un souvenir qu'on déforme, qu'on raconte à nouveau un peu différemment. La mémoire fictionnalise et bouscule notre rapport au réel ; la parole et les récits autour de Ferdinandea se sont donc déformés avec le temps. En questionnant la réémergence possible de l'île, j'interroge la mémoire collective et sa portée fictionnelle" Souligne Clément Cogitore. Le film invite à une méditation esthétique et philosophique, au-delà des spéculations contingentes et politiques, sans sombrer dans les incertitudes. L'artiste n'hésite pas souligner que notre regard plonge immédiatement dans la Méditerranée comme seul horizon ! Dont acte. Une exposition à voir absolument. Danielle Revel & Patrick Amine
Marseille, janvier 2026 Clément Cogitore au Mucem Fort Saint-Jean, Ferdinandea, l'île éphémère du 10 décembre 2025 au 20 septembre 2026 Commissariat général d’exposition : Kathryn Weir Catalogue de l’exposition sous la direction de Kathryn Weir, Hélia Paulkner et Enguerrand Lascols, textes et contributions et Tristan Garcia pour sa nouvelle Île. Mucem / Atelier EXB. 352 pages. https://mucem.org/ |