Domaine de Chaumont-sur-Loire
Exposition 2026
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Chaumont-sur-Loire

Chaumont-sur-Loire, Anaïs Lelièvre

 
Chantal Colleu-Dumond, Directrice et Commissaire du Domaine de Chaumont, a donné le ton : la couleur « Bleu » sera la clé de voûte de la saison d’Art 2026. Dans une perspective d’une partition d’un azur polysémique : bleu du ciel et du cosmos, bleu du silence et de la nuit, bleu mental plus que chromatique : une couleur qui incite à ralentir, à regarder autrement.

Cette année, la découverte pour ma part, est la jeune artiste, Anaïs Lelièvre. Elle explore la matière dans tous ces états. Ses dessins imprimés et reportés sur des porcelaines blanches et noires forment des lignes minimales qui captent notre œil ; elles sont installées sur le mur (voir photo). Elle utilise la multiplication numérique avec agrandissements alternés, ainsi le dessin-matrice est lui-même généré jusqu’à sa décomposition pour proliférer d’autres dessins à l’échelle d’un environnement immersif. Au sol une sculpture en céramique qui forme une sorte de replis caverneux. Elle déploie ses dessins sur du papier Brésil. Elle transforme les minéraux en formes organiques. Ses œuvres s’intitulent : Altus/Stratus. Son voyage en Islande l’a sensiblement marqué. Une artiste qui a du style. Une écriture singulière. Tout comme Lionel Sabaté, qui a réalisé une superbe « Chouette », composée sur place avec des brindilles de bois, de la terre, des feuillages, du fil de fer, etc. On se souvient de l’œuvre de 2023 qui est restée dans le Domaine. L’artiste s’intéresse à tout ce qui est vivant. Végétal, animal, humain, toutes les formes de vie. Pour en témoigner, il multiplie les collectes improbables (ongles, peaux mortes, poussière, cendre…), récupère des éléments de nature (souches, arbres, végétaux), oxyde le métal, agrège le ciment sur du fer à béton… Lionel Sabatté fait parler la matière à sa manière, il en restitue les forces presque telluriques, pour renouveler sa vision de l’environnement naturel. L’artiste espagnol, Antonio Crespo Foix a créé des structures très fines en volumes, intitulées Levedades (Légèretés). À cette occasion, l’artiste est revenu à l’écrit sur sa démarche artistique. Structures légères qui évoquent parfois Julio Gonzalez. Il utilise le bois, le bambou, le pollen de peuplier, raphia, pita, aigrettes qu’il tisse avec des fils de fer, de mailles pour créer des enchevêtrements géométriques étonnants, des œuvres originales.

Nous connaissons, bien sûr, l’artiste Bernard Pagès, qui a créé des sculptures avec bois, clous, fer, pierre, plâtre et béton de manière brute. Elles se dressent ici comme des Colonnes – des pointes piquantes –, cônes s’élevant vers le ciel (sa marque) dans l’espace dédié dans la galerie des écuries. Ainsi par sa série Pals, un ensemble de sculptures, c’est pour lui une manière d’habiter l’espace, d’être in situ avec ses matériaux de prédilection. A l’entrée des jardins de Chaumont, la sculpture en pierre, une chouette, de Eugène Dodeigne (1923-2015) nous accueille, ses yeux braqués sur le visiteur quelque peu étonné ! C’est d’une certaine manière convoquer l’histoire de la sculpture française et internationale. Né en Belgique, Eugène Dodeigne (1923, Spirmont-2015-Linselles) est naturalisé Français alors que ses parents s’installent dans le Nord. Né sous le signe de la pierre, il est l’héritier d’une famille de tailleur de pierre originaire de la région de Soignies. Une de ses œuvres, Figure agenouillée, est installée dans le fabuleux parc de sculptures et musée d’Anvers, le Middelheim, et à Liège. Mais aussi aux Pays-Bas, à Hanovre, au musée Kröller-Muller d’Otterlo, au musée la Piscine de Roubaix, au LaM de Villeune d’Ascq, etc… Dans ses débuts, son œuvre était abstraite, aux formes lisses ; à partir des années 1960, elle devint plus expressive et plus rugueuse, donnant naissance à des sculptures monumentales dépourvues de visage et de geste. Un lieu historique incontournable. On pourra voir également un ensemble de dessins au fusain, magnifiques, de corps en mouvements, figures de danseurs également, dans les salles du château. Et ici, sur les rives de la Loire. Changeons de style et d’histoire. Pascal Convert nous étonnera encore avec cette nouvelle œuvre intitulée : Cheval à la blanche crinière…, installée dans le château non loin de l’installation pérenne de Sarkis. Nous connaissions sa bibliothèque de livres cristallisés au sein de celle disparue des Broglie. « Parce que la mort ne vous concerne ni mort ni vif, étant dans la mort pendant que vous êtes dans la vie », (1) inversant haut et bas comme cela est souvent dans mes œuvres. » Huit cloches portent une perruque blonde de crins de cheval : une étude pour la tour de Diane du Domaine de Chaumont-sur-Loire. À la Révolution, lors de l’exhumation de Diane de Poitiers, son corps exposé à l’air libre est parti en poussière. Mais sa chevelure est restée intacte. Une métaphore subtile.

Dans les grandes salles du château, ce sont les tableaux de Marc Desgrandchamps qui a réalisé des peintures de paysages où apparaissent des éléments parfois insolites, avec ses lignes coulantes sur la toile qui révèlent son identité. Grands arbres, troncs parfois blanchâtres : motifs de cette œuvre où la verticalité s’impose avec les ombres portées. Ses Morphogénèses captivent le regard (des œuvres des années 2000 à aujourd’hui). On retrouve également dans ces lieux les Delocazioni de Claudio Parmiggiani, qui sont ces bibliothèques aux ombres fumées dont on ne voit pas les livres mais des marques en forme de volume. Il a aussi rendu hommage à Morandi avec ses empreintes abstraites de bouteilles et de fioles, minimalistes. L’effet de lumière de ces œuvres reste toujours impressionnant. Tout comme le silence. Astrid de la Forest a peint et dessiné des arbres de Chaumont et une série avec des envols d’oiseaux tout noir.

«Je grave au carborundum, à partir de mes dessins in situ, de grandes plaques d’acier du même format : les troncs noirs, une fois imprimés, viennent révéler et renforcer les bleus et les verts du feuillage. Les matrices inscrivent le souvenir de l’arbre au cœur même des images. Ce qui subsiste de la réalité compose le songe lui-même. », dit-elle. Un bel ensemble. Janine Thüngen-Reichenbach a réalisé des sculptures en prenant des empreintes en silicone de murs anciens à Rome. Réalisées en bronze ces empreintes transposent la mémoire d’une histoire souterraine. Ses Sphères, Treeworld, forment un microcosme sur le temps des choses et les archives des siècles passés, topographies planétaires, et les arbres de la Via Appia, où elle réside. Méditation sur la mortalité et l’immortalité. Peut-on y voir une référence à Gino de Dominicis ? Gyslain Bertholon a joué sur l’histoire et sur le fameux livre de Thoreau, Walden ou la vie dans les bois. Ses haches plantées dans des troncs d’arbres et ses diverses installations dans le parc nous rappellent les œuvres du grand Giuseppe Penone. Est-ce des citations ?

La saison Art de Chaumont reste toujours emplie de découvertes. Même si parfois nous retrouvons quelques artistes (avec un grand plaisir) qui y ont déjà créé des œuvres lors des saisons précédentes, on reconnait leur imaginaire qui se renouvelle pour s’accorder au site et à l’histoire du Domaine. On peut ne pas être sensible à certaines créations éphémères ou certaines œuvres plastiques car parfois elles semblent s’écarter du principe originaire de l’histoire de Chaumont. Les œuvres pérennes de la collection soulignent toujours l’identité du site. Après plus de vingt années de fréquentation de ce lieu historique aux jardins magnifiques (notons les créations dans les autres parties du Domaine par des artistes-paysagistes à chaque saison), je reste toutefois enchanté.
 
Patrick Amine
juin 2026
 
Domaine de Chaumont-sur-Loire
SAISON D’ART 2026 - 29 mars - 1 novembre 2026.
Chaumont-sur-Loire est situé entre Blois et Tours, à 185 km de Paris.
Notes : (1) Gérard de Nerval, La main enchantée, in Contes, poèmes, souvenirs, éd. Hatier, p. 109.

https://www.domaine-chaumont.fr
 
 

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